De la mer aux œillets le circuit du Sel de Guérande

Le chlorure de sodium qui compose les sels en grande majorité est le sixième élément le plus présent sur Terre sous diverses formes.

L'eau des océans en contient en moyenne 35 g/kg et hormis dans les mers fermées.

Les océans sur Terre contiendraient donc environ 48 millions de milliards de chlorure de sodium pour une masse océanique totale de 1,4 milliard de milliards (ou 1,4 × 1018) de tonnes.

Le principe de la production de sel marin en marais salants repose sur un processus de concentration en sel de l’eau de mer par évaporation naturelle jusqu’au seuil de cristallisation.

Chaque saline qui constitue des unités de récolte indépendantes présente des spécificités sur la forme, la disposition du circuit d’eau, sur la manière de récolter et sur l’utilisation de différents outils. Un Paludier peut avoir une ou plusieurs salines !

L'ensemble des réseaux hydrauliques des marais salants de Guérande, façonnés par les hommes de la mer aux cristallisoirs, est fondé sur un socle sédimentaire argileux sous-jacent appelé le bri.

Ce socle étanche assure la conservation de l'eau de mer.

A Guérande la mer arrive dans les marais par marée haute grâce à un couloir appelé le Traict situé entre Batz-sur Mer et le Croisic, il alimente plus de 2000 hectares de Marais par le concours d’étiers, et chenaux ramifiés utilisant la gravitation et des systèmes d’ouverture et de fermetures.

L’eau est ensuite distribuée dans les vasières, réserves d’eau qui peuvent alimenter plusieurs salines, à ce stade l’eau contient déjà environ 50 grammes de sel par litre.

Celle-ci alimente ensuite les corbiers propres à chaque saline selon un dispositif hydraulique permettant une alimentation maîtrisée et continue par gravité.

L’eau alimente ensuite les fares, ce sont les bassins aménagés en chicane pour allonger au maximum le parcours de l’eau, afin de favoriser l’évaporation de l’eau. Les fares ont généralement des couleurs magnifiques grâce aux algues et autres nutriments qui s’y déposent. Véritables écosystèmes les fares participent activement à l’épuration de l’eau de mer. Les couleurs varient de salines en salines !

L’eau, qui s’est chargée en sel, est ensuite admise dans les adernes ; bassins d’évaporation et de stockage de la saumure, par un dispositif permettant de régler le débit.

Ces bassins ont une triple fonction, ils sont la dernière surface de concentration avant les bassins de cristallisation, ils constituent les zones de précipitation du sulfate de calcium (le principal sel à cristalliser avant le chlorure de sodium), et ils évitent ainsi son dépôt dans les cristallisoirs, enfin ils abritent les réserves quotidiennes en saumure pour les cristallisoirs.

La saumure, déjà fortement concentrée, y subit une évaporation intense pour atteindre une concentration qui correspond à la limite inférieure de cristallisation du fameux chlorure de sodium.

Pour finir ce long cheminement, l’eau ainsi chargée de 300mg/l en sel entre dans les œillets, ce sont les bassins que l’on voit au milieu des salines avec des formes rondes au milieux des ponts afin de relever le sel et le faire égoutter. L’œillet constitue l’œil de la saline, là où le paludier passe de longues heures à récolter le sel.

Tout ce dédale est façonné par l’homme et consolidé par la faune et la flore spécifiques aux Marais. Entre Terre et Mer les marais salants de Guérande sont uniques et constituent un Patrimoine environnemental qu’il appartient à chacun de protéger !

Gautier Ferard